Quand Ronald Reagan a voulu ses jujubes au Château Frontenac

Les 17 et 18 mars 1985 se déroulait à Québec ce que plusieurs observateurs, exploitant les origines de Ronald Reagan et Brian Mulroney, ont surnommé le « Sommet des Irlandais ».

LUC LALIBERTÉ Historien et chroniqueur Collaboration spéciale

2023-01-21T08:00:00.0000000Z

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Quebecor Media

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HISTOIRE

Soucieux de se démarquer des années Trudeau et de favoriser les rapprochements, le premier ministre canadien a sorti le grand jeu et son partenaire américain s’est prêté à l’exercice avec un plaisir évident. Débarqué d’Air Force One en arborant une cravate verte (on soulignait la Saint-Patrick), le président a plus tard interprété When irish eyes are smiling au Grand Théâtre en compagnie de Brian Mulroney. Le premier ministre canadien avait parié gros et la mise en scène lui a d’ailleurs valu des critiques, l’historien canadien Jack L. Granatstein affirmant qu’on avait alors assisté à la plus humiliante démonstration de lèche-bottes de toute l’histoire des relations canado-américaines. C’est malgré cela à Québec que l’on concluait une entente de principe sur la lutte aux pluies acides, qu’on parvenait à un accord sur la modernisation du système de défense aérienne de l’Atlantique Nord, qu’on signait le Traité sur le saumon du Pacifique et qu’on jetait les bases d’un éventuel accord de libre-échange. DIPLOMATIE Derrière la « grande histoire » se dissimulent parfois de petites perles d’anecdotes. Imagineriez-vous un agent des services secrets affecté à la « protection » de jujubes ? C’est pourtant ce que m’a déjà raconté Jean Soulard, chef au Château Frontenac, lors de la rencontre, un récit qu’il reprend dans son livre intitulé Chef, oui, chef (Flammarion, 2020). Dès l’époque où il devient gouverneur de la Californie (1967-1975), l’ancien acteur devient un avide consommateur de jujubes (jelly beans). Reagan avait même ses préférences, comme en témoigne cette lettre qu’il fait parvenir au président de la Goelitz Candy Compagny (devenue ensuite la Jelly Belly). SANCTUAIRE Lorsqu’il accède à la présidence, Ronald Reagan gardera constamment sur son bureau un pot de jujubes. Il allait de soi que les Jelly Belly l’accompagnent dans ses déplacements, Reagan affirmant mi-sérieux que la manière de déguster des jujubes en dit long sur la personnalité des gens avec qui il les partage. Le chef Soulard ignorait tout de cette véritable obsession lorsqu’on l’a informé qu’il devait s’assurer que le prestigieux visiteur dispose de jujubes. Il commande alors 1 kilo de « vulgaires bonbons » du marché. Malgré toute l’activité et l’ambiance survoltée qui règne sur le déroulement d’un tel repas, on a contacté d’urgence le chef parce qu’on a remarqué qu’il n’avait pas fourni les « bons » jujubes. Jean Soulard a donc dû interrompre ses activités pour aller quérir, dans la limousine présidentielle et des mains d’un agent affecté à cette tâche, un sac de friandises. Alors qu’on avait remué ciel et terre pour acheminer les fameux Jelly Belly, on a constaté le lendemain que le président américain n’y avait même pas touché ! Reagan fut un tel ambassadeur pour Jelly Belly que la compagnie lui a réservé un véritable sanctuaire. C’est à cet endroit que vous trouverez des représentations du président et de son épouse composées de pièces du produit vedette de la marque.

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