Le Journal de Montréal

UN CENTRE DE PROPAGANDE CHINOISE EN PLEIN CENTRE-VILLE DE MONTRÉAL

Des dirigeants de cette organisation située à Montréal sont liés au Front Uni du Parti communiste chinois

– Avec Chrystian Viens

Un centre communautaire montréalais en apparence banale fait activement de la propagande pour le compte de la Chine et plusieurs de ses dirigeants sont liés au Parti communiste, a découvert notre Bureau d’enquête.

Après la mise sous enquête de deux « postes de police » par la Gendarmerie royale du Canada l’automne dernier, cette nouvelle découverte montre comment la Chine est bien présente au Québec pour veiller à ses intérêts.

À première vue, l’immeuble du Quartier chinois qui abrite le Centre uni de la communauté chinoise de Montréal se fond dans le paysage. Mais au terme d’une enquête de plusieurs semaines, notre Bureau d’enquête a découvert que :

√ Au moins quatre dirigeants de ce centre sont membres d’organisations qui relèvent du Département du travail du Front Uni, l’outil d’ingérence politique et de surveillance des ressortissants chinois à l’étranger du Parti communiste.

√ L’organisme est intervenu à deux reprises depuis 2019 dans la vie politique canadienne, en s’en prenant à des ressortissants hongkongais et en tentant d’influencer la diaspora chinoise contre le registre des agents étrangers que souhaite instaurer Ottawa (voir exemples ci-contre).

SOUS LE RADAR

De nombreux pays, dont le Canada, tentent actuellement de contrecarrer l’ingérence et l’espionnage en provenance de la Chine. Hier, un comité parlementaire fédéral transpartisan est revenu à la charge pour demander la création d’un registre des agents étrangers.

Et pas plus tard que dimanche, cinq dirigeants des agences de renseignement du Canada, des États-Unis, du RoyaumeUni, de l’Australie et de la NouvelleZélande ont uni leurs voix pour sonner l’alarme à ce sujet à l’émission américaine 60 Minutes.

Le Centre uni de la communauté chinoise n’est pas dans la mire des autorités, selon nos informations.

« Les “stations de police” ont attiré l’attention, mais nous avons toujours dit que le problème était beaucoup plus important que cela, analyse Laura Harth, de Safeguard Defenders. Le genre d’activités auxquelles on a affaire ici, soit des activités d’influence qui sont alignées sur le Parti communiste chinois et la tentative de museler des critiques du parti, c’est le travail que fait généralement le Front Uni. » Cette ONG espagnole avait révélé l’an dernier l’existence de « postes de police » chinois dans une cinquantaine de pays.

COLLÉ SUR BEIJING

Nous avons aussi découvert que le centre était sur une liste de membres d’une organisation relevant du Front Uni, le Chinese Overseas Exchange Association, en 2017.

Sur son site web, l’organisme montréalais tente de convaincre ses lecteurs du bien-fondé de prises de position controversées du Parti communiste, comme la « réunification » de force de Taïwan à la Chine et la persécution de la minorité musulmane ouïghoure.

Le centre, qui se fait aussi appeler Fédération chinoise de Montréal, existe depuis 1967 et est très actif dans la diaspora, dont il dit représenter 52 groupes dans le grand Montréal. Proche de la diplomatie chinoise, il a même été qualifié d’association « la plus influente de la communauté chinoise » par l’ancien consul de Chine à Montréal.

« Les Canadiens ont tout à fait le droit d’appuyer la Chine et ses positions. Ce qui est problématique, ce sont les moyens que des organisations utilisent pour mettre une pression inappropriée sur les citoyens, explique Artur Wilczynski, ancien haut fonctionnaire dans le domaine de la sécurité nationale, affilié à l’Université d’Ottawa. Le gouvernement communiste est très sophistiqué. Il sait comment influencer tout en restant du bon côté de la loi. »

LE CANADA, LA « BELLE-FAMILLE »

Le président de l’organisation, Cao Shoukang, ne s’est pas opposé lorsque notre Bureau d’enquête lui a fait remarquer en entrevue que des dirigeants du centre, dont lui-même, avaient des liens avec le Front Uni. Mais il a assuré que son organisme ne participait à aucune forme d’ingérence, malgré sa loyauté envers la Chine.

« On a des opinions différentes dans la communauté, mais que tu sois Chinois ou Canadien d’origine chinoise, c’est pareil. C’est comme une famille. La Chine, c’est notre mère. Le Canada, c’est comme une belle-mère », dit-il.

M. Shoukang a affirmé que son organisation observe cinq principes : respecter les lois canadiennes, unir la diaspora, protéger les droits des citoyens d’origine chinoise, les aider à s’intégrer à la société et développer les liens entre la Chine et le Canada.

Ce dernier a exigé que nos questions spécifiques lui soient envoyées par courriel, mais n’y a pas donné suite.

EXPERTS PRÉOCCUPÉS

Les experts en sécurité nationale joints par notre Bureau d’enquête se sont dits préoccupés par le fait que cette organisation semble opérer sous le radar des autorités.

« À la surface, on semble avoir affaire à un organisme culturel banal, mais en dessous, on pousse les intérêts du gouvernement chinois », analyse l’un d’eux, Daniel Stanton, ancien gestionnaire au Service canadien du renseignement de sécurité, qui dirige maintenant le programme de sécurité nationale de l’Université d’Ottawa.

« C’est préoccupant qu’on cherche à rassembler autant d’appuis contre des choses que la République populaire de Chine ne souhaite pas se voir réaliser, comme le registre des agents étrangers », poursuit-il.

LA UNE

fr-ca

2023-10-25T07:00:00.0000000Z

2023-10-25T07:00:00.0000000Z

https://jdm.pressreader.com/article/281552295543044

Quebecor