Des artistes québécois dénoncent le géant Spotify
Ils s’indignent des « cennes de redevance des plateformes » d’écoute en continu
SARAH-ÉMILIE NAULT
Alors que des plateformes d’écoute en continu comme Spotify publient en ce moment leurs compilations de streams (lectures instantanées) de 2022, des artistes québécois, comme Ariane Moffatt, Marie-Mai et Tire le coyote, dénoncent les faibles rémunérations qu’ils reçoivent de ces plateformes.
En guise de protestation, certains artistes d’ici refusent de partager les résultats des compilations de Spotify. Benoit Pinette, alias Tire le coyote, est l’instigateur de ce mouvement sur les réseaux sociaux.
Dans une publication Facebook, il fait état de son refus de publier ces données.
« Je partagerai et serai fier de cette statistique quand les artistes seront décemment rémunérés pour le contenu qu’ils créent et qui devient la source première du revenu de ces compagnies, la source même de leur existence », a écrit l’auteur-compositeur-interprète.
« Nous connaissons le problème depuis des années, mais rien ne se fait, a expliqué Tire le coyote au Journal. Qu’on se comprenne ; je n’ai rien contre l’existence de ces plateformes […], je n’ai rien contre les consommateurs qui s’y abreuvent […]. J’en ai contre le sens éthique de ces compagnies qui ne donnent rien à ceux et celles qui créent le contenu qu’elles utilisent et leur permettent ainsi d’exister en tant que compagnies. »
Ariane Moffatt n’a pas hésité à faire de même. Sa publication sarcastique « On fait-tu la version ; palmarès des cennes de redevances de nos streams Spotify ? Ce serait drôle » a été commentée par plusieurs artistes québécois, dont Pierre Lapointe, Alex Nevsky, Jean-Philippe Perras et Marie-Élaine Thibert.
UNE VOIX POUR LES CRÉATEURS
David Bussières forme avec sa conjointe, Justine Laberge-Vaugeois, le groupe de musique Alfa Rococo. Il est aussi le porte-parole et cofondateur du RAM : le Regroupement des artisans de la musique, dont le mandat est de donner une voix et de faire des revendications au nom des créateurs d’oeuvres musicales.
C’est vers lui que les artistes se tournent lorsqu’il est question de faire valoir leurs droits et c’est lui qui a « l’énorme tâche de faire plier l’échine à ces compagnies », dixit Tire le coyote.
David Bussières mise beaucoup sur le projet de loi C-11, qui ferait en sorte que le CRTC puisse réglementer les plateformes de musique. L’auteur-compositeur-interprète a d’ailleurs comparu devant le Sénat, le 25 octobre dernier, afin de parler de ce projet en faveur de la « découvrabilité » de la musique francophone devant la sénatrice Julie Miville-Dechêne.
« Il faut les encadrer, ces plateformes, explique David Bussières. Il faut trouver la balance avec ceux qui créent le contenu, car les artistes sont le premier maillon de la chaîne de l’existence même de ces plateformes. »
Ce wrap 2022 (la compilation des écoutes des chansons les plus populaires chez les artistes) met, selon lui, les créateurs de musique dans une situation malaisante. Ceux-ci se retrouvent coincés entre la fierté d’avoir été écouté et la frustration de ne pas être suffisamment payé pour ses oeuvres.
« On veut tous trouver des moyens pour faire notre promotion, mais c’est un outil qui ne nous sert pas bien et nous rémunère mal », poursuit l’artiste.
Marie-Mai a commenté la publication du groupe Alfa Rococo à ce sujet. « Cessons de leur faire encore plus de pub en partageant ces stats ma foi… franchement déprimantes. Ils payent des dizaines de millions de dollars pour des podcasteurs mais des cennes à ceux qui contribuent à les rendre milliardaires… On [ne] demande pas la lune bout de viarge. Juste un traitement décent pour les créateurs. »
NUANCE DES SOEURS BOULAY
Les soeurs Boulay ont publié un message plus nuancé sur Facebook. « Correct de partager les stats, correct de ne pas les partager aussi. Oui, on se fait avoir par les plateformes, mais on a le droit aussi d’être fier.es de shiner encore quand les algorithmes nous sacrent en dessous des tapis pis que notre culture est une goutte de plus en plus petite dans l’océan du streaming », a écrit le duo, qui souhaite que des mesures soient prises pour que la musique d’ici survive.
√ Au Québec, pour un million de téléchargements (ce qui peut prendre des années pour certains), on parle de redevances d’environ 5000 $. Attention, ce n’est pas l’artiste qui reçoit ce 5000 $ : ce montant est partagé entre tous les ayants droit, soit les producteurs, les créateurs, l’interprète, etc.
JM MARDI
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